Lumières de septembre, en novembre

Par Àngel Simarro Pastor

Une douce odeur de café traversa silencieusement le salon et atteignit le bureau. Quelques notes jazzy atténuaient les effets indésirables que le rangement d’une simple bibliothèque pouvait provoquer. Je voulais exercer cet « art de la critique » qui s’accomplit par le simple fait, selon les mots de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, d’« ordonner une bibliothèque ».

Cette rencontre avec les textes déclencha la stratification infinie de quelques souvenirs, l’ouverture d’une bibliothèque « propre », entendre « personnelle » comme aurait dit Aldous Huxley.

Je pris les livres, je lus les titres et j’assistai à une sorte de bande annonce où se succédaient les images des évènements associés à ce livre. Et ce fut un roman de Carlos Ruiz Zafón qui m’invita à prendre la meilleure place au cinéma de mes souvenirs.

Je tenais la tasse de café corsé entre mes mains. Le barcelonais Ruiz Zafón — qui nous a quittés en 2020 — est l’auteur du roman Lumières de septembre, un texte que je découvris un samedi soir de novembre. Une sortie en famille à Valence en Espagne fut l’excuse choisie par le destin, lequel me dirigea vers une librairie qui s’apprêtait à fermer. Je ne me souviens pas exactement de la motivation qui me fit entrer dans ce lieu, mais quoiqu’il en soit, mes yeux se posèrent sur ce titre.

Il y avait une sorte d’équivalence entre l’interprétation de l’énoncé Lumières de septembre, mes inquiétudes et craintes personnelles au moment où je fis l’achat. J’avais dix-huit ans et le mois de septembre précédent n’avait pas été très « lumineux ». Septembre, lorsqu’on a dix-huit ans, est un moment déterminant. Je le vécus de cette manière, alors au seuil de la vie d’adulte. On devient majeur et on commence à prendre de décisions. En ce qui me concerne, je venais de choisir mon parcours universitaire.

J’ouvris le livre deux jours plus tard, un lundi. Assis pour un parcours d’une trentaine de minutes dans le bus de la ligne 9, je me rendais à la faculté de lettres. Dès les premières pages j’éprouvai une sensation de détachement du monde qui m’entourait, un voyage accéléré vers l’univers du roman, ce tableau aux couleurs de la Normandie peint par Zafón. Une phrase attira mon attention : « La mer est coutumière de ces choses : avec le temps, elle ramène tout, particulièrement les souvenirs ». Je ne savais pas à cette époque-là, que je relirais ce livre, cette phrase, dans le futur.

Mon présent devint ce « futur » dont je parlais il y a déjà dix ans. Je range ma bibliothèque, je prépare un café bien corsé, j’écoute les compositions de Miles Davis et je partage le sentiment d’Italo Calvino, écrivain partagé entre  Cuba et l’Italie, qui dit un jour : « Chaque fois que je cherche à revivre l’émotion d’une lecture précédente, j’éprouve des impressions nouvelles et inattendues, et je ne retrouve pas celles d’avant ».

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